Anciens jeux sfaxiens

 
Pour les Pic Villois de naguère et d’aujourd’hui je voudrais rendre un honneur particulier à ces jeux d’enfants et d’adolescents qui étaient pratiqués quotidiennement à plusieurs, et des fois beaucoup plus que plusieurs. Ils forgeaient nos amitiés, affinaient nos langages et créaient une cohésion sociale.
Jeu du ‘’Terj’’ : chaque joueur (jusqu’ à 6 -8 joueurs) muni d’une pierre plate, le terj, la lançait contre celui d’un autre joueur pour essayer de faire sortir celui-ci des limites tracées à l’avance sur le sol (un peu comme à la pétanque, Celui qui voyait son terj sortir des limites était éliminé.
Jeu de la ‘’Khoffra’’ : chaque joueur (jusqu’ à 6 -8 joueurs) misait une piecette. Puis, l’ordre de passage des joueurs était tiré au sort. Le premier empilait les piècettes dans sa main, et lançait le tout en bloc, dans un trou (dela forme d’un puits de diamètre à peine plus grand que celui des piecettes) distant d’environ 2m50. Celles qui entraient dans la ‘’Khoffra’’ étaient gagnées. Le second joueur prenait les piecettes restantes et procédait de même, etc .
Jeu du ‘’Palmou’’ : Chaque joueur (en général 2) faisait rebondir une piecette contre un mur. Celui qui arrivait à faire atterrir sa piecette à moins d’une ‘’palmou’’ (palme, empan) de celle qui était déjà au sol, se l’appropriait.
Jeu de la ‘’Zarbouta’’ (la zarbouta est une toupie en bois tourné, munie d’une pointe en fer) : chaque joueur (jusqu’ à 6 -8 joueurs) avait sa propre zarbouta, et sur le sol était tracé un cercle-limite dans lequel chacun déposait sa zarbouta. Un ordre de passage était tiré au sort. Le premier joueur armait sa zarbouta avec une guitane (cordelette) et la lançait, tant pour la faire tourner que percuter la toupie d’un autre joueur. Le but était d’éjecter du cercle, la toupie visée. Si la manœuvre était réussie, le gagnant avait le droit de ‘’punir’’ le perdant en lui infligeant quelques coups de la pointe de sa propre zarbouta.
Jeu de la ‘’Khamissa’’ : c’est un jeu d’adresse qui se joue à 4 maximum. Il ressemble comme à un jumeau au jeu de osselets. Lorsque j’avais 8 ou 9 ans, je le préférais joué à deux car il se prêtait bien, à plus de complicité… :
« ……Hasna doit avoir un ou deux ans de plus que moi. Je la connais depuis que je suis tout petit. Elle est de la famille du voisin de dessus. Comme très souvent, elle a les pieds nus ; son visage cannelle est fin, d’une grande juvénilité et d’une gaité sans cesse contenue. Sa chevelure noir d’ébène brille sous la lumière comme si elle était vernie au tampon !
« Ija ! » insiste-t-elle.
Je lui réponds « Inji, j’arrive ! ». Elle fait demi-tour, et remonte l’escalier en s’assurant que je la suis. C’est la sieste ! alors sans bruit, à la queue-leu-leu, nous arrivons à la terrasse inondée de soleil. Le parterre sous nos pieds, brûle ! Elle se dirige à droite vers la buanderie commune. Nous y rentrons. Il y fait beaucoup moins chaud. Elle me fait assoir par terre, dos contre le mur, elle, en face. Ses yeux brillent de contentement.
Je sais ce qui va se passer. Je suis habitué : elle enfouit la main dans une poche de sa robe, et elle en ressort avec précaution un bout d’étoffe contenant cinq morceaux de marbre blanc taillés grossièrement en cubes « Elab, tu joues ? » c’est son jeu préféré : la khamissa. C’est le jeu des osselets remplacés par des cailloux de marbre. Les figures à accomplir, progressent en difficultés ; celui qui réussit le premier à toutes les franchir, a gagné.
Ces cinq morceaux de marbre blanc grossièrement taillés, c’est moi qui les lui donnés pour lui faire plaisir. Je suis très fier de le lui avoir remis ; et lorsqu’elle les ressort, comme des objets précieux, de leur petit écrin d’étoffe en soulevant avec soin, l’un après l’autre les quatre coins, je ne peux pas m’empêcher, un peu ému, de lui lancer : « Il te plait toujours, mon cadeau ? »
Elle suspend son geste, me regarde avec sérieux et insistance, et secoue sa tête du haut en bas sans prononcer un mot. Puis un beau sourire s’affiche sur le visage de Hasna : enfin ! Elle va pouvoir s’amuser avec quelqu’un. Assis à même le sol, l’un face à l’autre, nous formons un carré délimité par nos jambes ; les pieds se touchent, et se toucheront pendant toute la partie ; nous y veillons. Nous sommes bien installés dans notre petit monde, et nous commençons à jouer……. »

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