En colle à l’école

 

J’avais prêté mon cahier de géographie à Duderand, surnommé Pistache...
Le mardi, le prof d’histoire-géo, Mme Untel m’appelle au tableau. Faute de cahier, j’ai droit à un zéro. Pistache ne bronche même pas quand je passe devant lui. En recréation, je lui rappelle de me rapporter le cahier, faute de quoi, je suis sur que je serais tenu à l’œil

Le mardi d’après, pas de cahier, mais encore un zéro. Mme Untel m’affirme être gentille avec moi, vu mes bonnes notes précédentes, et mon classement général.

Du coté de Pistache, il n’y a rien à faire, il se laisse tirer les oreilles, mais on ne voit de lui ni monts ni merveilles. Il a encore le culot d’aller au tableau avec un cahier à jour, peut être le mien. Il se fait siffler par la moitié de la classe, au courant de mes déboires, par lui causés. En dehors de la classe, il fait l’idiot, et ne veut pas montrer son cahier.

Je suis obligé de recopier le cahier d’un camarade, mais j’ai droit a deux heures de retenue, pour la raison que je n’avais pas eu le temps de mettre à jour les trois dernières leçons.

Donc, jeudi après-midi je me dirige vers le lycée. Un peu après l’école Cachat, je suis interpellé par Soussou (Joseph) Bouhnik, le responsable de notre synagogue, et il me demande de venir avec lui au cimetière, ensevelir un rabbin qui venait de trépasser. Mes obligations scolaires lui semblent fortuites, et il me dit que c’est l’affaire de cinq minutes, et d’après la loi juive, il faut être dix personnes pour dire le kaddish. Est-ce que d’après moi, ce grand rabbin n’aura pas la sainte bénédiction, tout simplement à cause d’un entêtement inexplicable ?

Soussou, vous le connaissez, a des grands yeux tous ronds. Il me regarde fixement et je le suis, comme hypnotisé. J’arrive au lycée à 14h.15, avec un quart d’heure de retard. M. Le Pion fait son devoir, et dans son rapport au surveillant général Monsieur Clément, souligne le fait que j’ai retardé. Ce dernier m’invite élégamment à une seconde retenue, de quatre heures cette fois, pour le dimanche matin. Et il me demande de faire signer mes parents.

De vendredi à dimanche matin, il se passe pas mal de choses. J’entends mes camarades papoter, mais je n’y prête pas attention. M. Le Pion me pose des questions sur les cours de géo, mais je ne vois pas pourquoi il s’intéresse. M. Untel Prof de géographie et l’époux de Mme. Untel, vient me parler de ma dernière colle, mais je ne vois pas pourquoi. En fin de matinée, on m’annonce que ma colle a été repoussée. Tant mieux, pense-je.

Le mardi tout s’éclaire : mort de rire, je passe au tableau, tout va bien, le prof me demande de laisser mon cahier. Duderand est invité à son tour, il s’embrouille, il a la trouille. Mme. Untel regarde son cahier, et le fixe droit dans les yeux mouillés.

— N’est ce pas l’écriture de Camus, à part les trois derniers chapitres ? Vous m’aviez dit avoir perdu votre cahier. Je ne vous ai pas proposé de chiper un autre. J’aurais du y penser. Heureusement vos camarades m’ont avertie à temps. Sinon... Qu’elle injustice !

Il ne répond point. M. Clément averti, lui demande de revenir avec ses parents, lui colle ma retenue annulée. Mme Untel lui offre un beau zéro, les miens ne seront pas tenus en ligne de compte. Mais sa vraie punition fut la quarantaine qu’il connut au lycée, qu’il quitta bientôt.
— Pourquoi, n’avoir rien dit, Bouhnik ? Me demanda Mme. Untel.
— Nous ne rapportons pas, madame.
— Oui, c’est ce que m’a dit M. Le Pion, et mon mari me l’a confirmé. Mais qui est Soussou ?

La toute la classe éclata de rire, toute la classe qui a fait de tout pour m’aider à sortir de ce mauvais pas, mais n’a pas oublié d’ajouter l’anecdote du cimetière.

  1. Clément m’appelle à la sortie.
    — J’ai annule ta retenue.
    — Merci. Et les deux heures que j’ai faites ?
    — Allons. Bon, à la prochaine retenue, je te déduirai 105 minutes.
    — Laissons tomber. Il n’y aura pas d’autre retenue. Ma mère m’écorcherait vif.
    — « Eli fet met » ?
    — « Eli fet met », M. le surveillant général. Merci.
    — Le bonjour a Soussou.

Par Camus Bouhnik

Publié le : mardi 23 novembre 2004 Tunecity

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