La plage

 
Je me souviens de la plage de Sfax ! Elle n'était pas extraordinaire, mais pour moi, c'était le lieu de toutes les distractions, des jeux, des rencontres, et de la liberté totale ! Elle se trouvait tout au bout du port, après les entrepôts de phosphates du Sfax-Gafsa.

Je prenais ma bicyclette, la belle bicyclette que mes parents m'avaient offerte pour mon passage en 6e. Longtemps j'en avais rêvé de ce vélo. J'avais même demandé une bicyclette de course. Mais de course, elle n'avait que le guidon ! C'était un vélo ordinaire, en acier bien lourd et un peu trop grand pour moi, sur lequel mon père avait fait adapter un guidon de course, mais comme les freins étaient ceux d'un vélo commun, ils se dressaient vers l'avant comme deux cornes, et j'avais bien du mal à les attraper. Qu'importe, j'étais heureux, j'avais mon vélo de course !

Pendant les vacances, je quittais la maison le matin vers dix heures sur ma belle bicyclette, je longeais le petit chenal, puis le port de commerce, et tout au bout, je traversais avec application le passage à niveau, je ne craignais pas la venue d'un train, il ne passait là que des trains de phosphate manœuvrant au pas. Non, la difficulté était de faire attention à ce que la roue n'aille s'enfiler dans un rail, et faire un vol plané, douloureux pour les mains et les genoux, comme cela était arrivé une fois.

Ensuite de la route était droite, chaude et déserte, seules quelques touffes d'alfa émergeaient du sable sur le bas-côté.
Je passais devant l'école de natation, puis, au bout du chemin, apparaissait le Casino de la plage avec sa longue et étroite langue de sable jaune.

Je laissais mon vélo au gardien, un vieux kerkenien au chapeau de paille et au sourire édenté, qui faisait un signe cabalistique à la craie sur la selle, puis le rangeait avec les autres à l'ombre d'une grande cannisse de bambou.

En sueur, je traversais le casino pour me précipiter sur le sable y déposer sandales, short, chemise et apparaître dans mon superbe slip de bain imitation peau de léopard que Thérèse, la sœur de mon ami m'avait confectionné dans un morceau de tissu acheté dans les souks, et je n'étais pas peu fier d'arborer ce slip qui bien sûr, me faisait ressembler à Tarzan, héros de ma génération ! Je bombais le torse, délaissais la plage à l'eau claire peu profonde et lisse pour me diriger de l'autre coté de la jetée vers le bassin donnant sur le port où la profondeur et l'air du large, faisait toujours quelques rides sur la surface de l'onde.

Là je retrouvais les copains, généralement sur le bord du plongeoir où chacun y allait de sa démonstration de saut de l'ange, ou de carpe. Puis nous faisions des longueurs de bassin pour améliorer notre crawl.

Enfin, épuisés de toutes ces acrobaties, on s'allongeait sur le sable tiède pour regarder passer les filles, faire des commentaires, et rêver !

Le soleil nous cuisait la peau, l'air vibrait de toute cette chaleur, et nos rires insouciants défiaient la vie.

 

Publiée sur : « Le Forum Sfaxien »

Le 10/03/2007

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