Sfax ma ville natale

 

Sfax est une cité ensoleillée. Le beau temps est perpétuel et l'on peut en décembre, se rendre au lycée ou au bureau à pieds, en début d'après midi, afin de profiter de la caresse solaire si agréable, sitôt   le déjeuner achevé.

La ville est aussi plaisante à contempler que son climat est approprié. La mer ayant été repoussée de La Médina, le Centre Ville a été construit   dans un aspect méditerranéen, ses rues modernes,   larges et droites dissimulent les magasins sous des arcades rappelant la Rue Rivoli à Paris. L'Hôtel de Ville imposant dans son style oriental, fait face à Bab Ed Diwan, la porte la Ville Arabe : le nouveau devant l'historique, l'un examinant regardant l'autre.  

Aussi parfait, nôtre voisinage  à  Moulinville enviable à louer, était une communion de groupes ethniques, juifs, musulmans et chrétiens vivant dans une merveilleuse  entente.

 A l'aile droite de notre maison habitaient Hadj Saad Salem et son frère Mohamed, des bateliers. Les péniches de pécheurs construites dans leurs hangars immenses à Bab Ej Jebli, se balancent encore dans les eaux du petit Chenal, agrémentant   la  flottille. Sur me plan du voisinage, maints services se rendaient réciproquement entre les deux familles.  

 Juste à côté, à la gauche dans un immeuble à deux étages résidaient les Casanova, Borguéro, Bonnelli et Kister, Corses et Alsaciens conjointement. Les Di Giovanni se trouvaient à deux pas de là. Je me souviendrai d'eux, chacun particulièrement.  Des voisins si gentils avec maman.

 Mon héroïne était Mme Veuve Borguéro : elle a eu l'initiative de m'accompagner à l'école, au cours préparatoire 1 ère année pour s'expliquer avec mon institutrice. Cette dernière  ne voulant pas m'accepter dans sa classe,  refusa de donner une raison valable à maman et à grand père, jour après jour. L'intervention bénie de notre bonne voisine a résolut ce problème.

Mme Borguéro avait un locataire dans sa demeure, M. Courcier, professeur au Lycée des Garçons, ayant pour élève Hédi Bouraoui. Les deux, le Prof. et le collégien travaillaient ainsi, aient assis à leurs tables l'un en face de l'autre, la ruelle les séparant.

Le neveu de Mme Borguéro, Bébert Delon, l'ami de tous les gosses du quartier, nous rassemblait tous les soirs pour raconter une légende, une histoire ou pour rapporter un film. Certains contes étaient parfois inventés sur place, peu importe, on aimait l'écouter.

M. Taïeb Bouraoui père, Juste des Nations a recueilli dans sa maison deux Juives, Mrima et sa fille Henriette. Ayant un toit au dessus de leurs personnes, ces deux femmes ont   réussi à se maintenir la tête haute en pratiquant le travail de remailleuses. Le jeune Hédi se faisait un plaisir de leur servir de Goy de Shabbat, en venant éteindre les lumières le samedi matin et   allumer la cuisinière  à midi. Hédi et sa maman, Omi Zohra raffolaient des boulettes préparées par Mrima. Ma mère, celle d'Hédi et ma tante Rosette étaient amies et se rencontraient souvent.

Un autre Bouraoui inoubliable était le frère cadet Mohamed, mon ami. C'était lui qui apercevant une fripouille, sur le point de kidnapper mon frangin  Freddy, a foncé sur le vaurien tête baissée, tel un obus. L'épicier Hamida est intervenu mettant le bandit  en fuite.

D'autres amis étaient Ali El Marsaoui et sa famille. Nous étions très proches et le fils Mohamed faisait souvent des veillées chez nous. Mon père, allongé sur une natte préparait un thé fort et sucré qu'il versait dans des petits verres. On achetait à cette intention " tlet ou mïa " : un tiers d'once de thé et 100 grammes de sucre, ce qui suffisait à la préparation de quatre tournées. Les deux derniers gobelets contenaient des cacahuètes.   Ces soirées étaient consacrées au chant. Maman avait une très belle voix et s'accompagnait de la mandoline, sur laquelle elle grattait sans jamais avoir appris le solfège.   Je nommais par déférence Mohamed et son frère Bibi, mes oncles : Ami. J'ai rappelé Bibi dans un de mes récits, " Tarzan à Borj en Nar ", tant mon admiration pour lui est grande.  

En face de nous dans l'imposant bâtiment Kria, nous avons trouvé des nouveaux amis les Abraham, leurs enfants et les Guérardi. Dans l'édifice Kria,   une concierge, la vieille Flila, toujours habillée d'une fouta bleue, occupait un petit logis. Flila, veuve et solitaire a reçu ce poste, grâce à la bonté des frères Kria qui ont trouvé un moyen de l'aider en lui offrant du travail et un toit.  

Pas loin, Maria d'origine Maltaise nous approvisionnait en eau potable, les installations en tuyauteries n'existant pas dans toutes les maisons. D'autres contigus avenants nous fournissaient aussi en eau, mais le plus simple était d'aller chez Maria, dont la porte était toujours ouverte et le robinet se trouvant juste à l'entrée. Angèle la fille de Maria écrivait avec complaisance des billets à l'intention de nos institutrices, chaque fois que le besoin se présentait.  

Beaucoup d'honneur revient à nos voisins d'antan, dans la Ville Sfax. Sfax qui est la légèreté de l'adolescence, le bord de la mer, les randonnées  en bicyclette, les ballades en ville, le lycée, Messieurs Vigo, Courcier, Clément et Jourdan, le cinéma Rex et le Colisée avec Michèle Morgan, Johnny Weissmuller et Gérard Philipe.

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