Dédé eut une idée de génie !

 

Mon cousin se prénomme André, mais nous l'appelions Dédé. Il habitait un peu plus loin, au bout de ma ruelle. Je devais avoir 9 ans et demi, lui 6 mois de plus. Nous étions deux manuels. Je me rendais souvent à son domicile, ensemble nous construisions des boites à images (notre cinéma), des « bateaux », (son père était charpentier de marine à la plage de Madagascar).

« Nos bateaux », c'était un bien grand mot : une simple petite planche, des voiles, seule la forme leurs ressemblaient. Ils étaient actionnés par une hélice munie d'un élastique.

Puis un jour, Dédé eut une idée de génie, il me proposa de «fabriquer» un moteur à vapeur. A cette époque nous étions persuadés que la vapeur suffirait à propulser nos bateaux de fortune. Nous remplissions d'eau, de vieux tubes de médicaments en aluminium, nous percions un petit trou sur le couvercle, une allumette faisait office de bouchon, pour libérer ultérieurement la vapeur (propulsion) de l'arrière de nos bateaux afin de supprimer les hélices. Dans un premier temps, nous utilisions des bougies et ensuite un Kanoun pour essayer de faire bouillir l'eau. Inutile de vous dire que malgré toute notre bonne volonté, notre obstination, nos nombreux essais, notre «moteur» n'a jamais pu fonctionner.

Durant la période de vacances scolaires, ses parents l'avaient fait « embaucher » quelques heures par jour comme Rhamel, chez monsieur Beltrano vendeur de cycles, tout proche de leur domicile. Son job consistait à ranger des boites de peinture, de diluant, faire un peu de nettoyage et les courses.

Habituellement nous étions souvent ensemble pour s'amuser, nous étions très complices, nous avions toujours de nouvelles idées, bien sûr que nous nous disputions de temps en temps car nous n'étions pas toujours d'accord sur nos projets. Je n'aimais pas l'école et j'attendais avec impatience d'avoir mes 14 ans pour travailler comme apprenti. Le fait de voir mon cousin travailler me rendait un peu jaloux, et surtout de ne plus pouvoir bricoler ensemble, j'aurai bien aimé « travailler » avec lui et chaque fois que je le voyais, je lui demandais de proposer mes services à monsieur Beltrano. A cette époque j'étais très naïf, plusieurs fois par jour, je passais devant son magasin en espérant que mon cousin m'avait proposé, discrètement je jetais un oeil à l'intérieur du magasin dans l'espoir que le patron m'appelle, mais en vain. J'étais très déçu car je voulais travailler comme un grand.

Après les vacances, mon cousin avait déménagé pour habiter aux Recasements, bien sûr que ce n'était pas trop loin de mon domicile, mais là bas il fit la connaissance d'autres copains et de ce fait nous nous voyions moins souvent, nos habitudes de jeux avaient changé, heureusement nous devenions plus réalistes. C'est ainsi que les jours passèrent, les vacances, les années aussi et j'ai du attendre encore quatre ans, passer de l'autre côté de la Méditerranée, suivre encore une année de cours et après les vacances scolaires, accomplir mon rêve:être enfin apprenti… carrossier-peintre-coloriste.

Je tiens à vous faire un petit aveu : depuis très longtemps, je sais comment fonctionne un moteur à vapeur !

 

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