La route de « M’harza »

 

La route de « M’harza » (il y a 1/2 siècle)  était une route parallèle à la route de Gabès et sa partie asphaltée s’arrêtait  tout juste devant notre maison au Km 2,5 ; au delà c'était la piste poussiéreuse mais  ô combien mystérieuse pour un gamin ; en fait , vraiment tout au bout elle donnait dans l'oued  « MAOU »  qui fut a mon adolescence mon terrain d'exploration et de chasse  .


 Elle débutait après le pont de l'oued de la route du sud  et sur cette route il n'y avait que très peu d'habitations. Elle desservait la ferme « MAGENTA » , la ferme du cousin de Lili Patané , TITA  et s’arrêtait au niveau de la ferme  du propriétaire de la Régence , dont j'ai oublié le nom … Cette route avait la particularité d’être à la campagne , d'où TONINO , le chevrier qui montait à Sfax (en ville) y vendre son lait quotidiennement avec son troupeau .

  Dans cette rue tranquille habitait grand nombre de Kerkenniens qui tenaient de  petits magasins (Cycliste, épicier, réparateurs de petits moteurs électriques). Devant chez nous, un grand terrain vague où les parties de foot  devenaient interminables aux yeux de nos parents  et de temps en temps une caravane de chameaux y faisait une halte, permettant aux bédouins de monter en ville pour s'approvisionner. Bref une rue calme en face d'une grande cheminée crachant une malodorante fumée noire et,  comme unique  point de vue, « La LOUISE »,  cette  montagne blanche qui fermait  l'horizon : LES SALINES.

Cette rue, évidemment mal située, parce que décentrée, avait un avantage, c'était le prix des terrains, et c'est à cette condition que mon père  (modeste ouvrier au Sfax-Gafsa) avait pu se faire construire une petite maison avec son frère. Nos  maisons étaient jumelles ...

Tout ceci a bien sûr bien  changé, nos maisons sont en ruine ou presque, la rue s'est transformée en artère bruyante et encombrée, à la place de nos voisins de droite, une université d’informatique ; à la place de nos voisins de gauche, une rue ; à la place des modestes boutiques, des immeubles ...

La vie est ainsi faite et c'est tant mieux comme ça ; le temps est un monstre qui dévore tout,  mais  tout le monde a sa place dans  ce bas monde  et nul n'est propriétaire de son passage sur terre.

je peux dire que je n'ai connu que la cité « STANDAERT », principalement habitée par des cadres de la « SIAPE » venant d'Europe (des Français comme nous disions à l'époque !). Cet endroit me semblait mystérieux , sans doute à cause des eucalyptus en nombre qui donnaient cet aspect sombre  (j'y passais devant pour aller au collège quotidiennement) , elle était fermée , obscure et il me semblait que le monde qui la peuplait  n'était pas le notre , nous , les gens du bas  peuple et Maltais de surcroit , les habitants de la « zanka de M’harza » comme on disait , les gens du bout de la route  et du commencement de la piste  ...

Il y aurait beaucoup à philosopher sur cette époque et analyser ces contrastes et différences entre les gens  qui ont fait ce que nous connaissons aujourd’hui.

Mais, bon dieu que cette époque est loin, elle s'éloigne de plus en plus vite, et hélas, nous sommes les derniers des Mohicans, faut 'il regretter cette époque ?

 

Voici une photo de l'auteur de cet article : René Bartolo

Partagez cet article !

Submit to FacebookSubmit to Google PlusSubmit to TwitterSubmit to LinkedIn

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir