L’immeuble Kria

 

J’habitais une maison en face de l’immeuble Kria, juste dans l’angle que formaient deux lignes droites de bâtiments.

* L’édifice Kria n’existait pas toujours, je me souviens même des travaux de construction qui ont été rapides, par rapport à l’époque ou ils ont été exécutés.

A l’ère antérieure, on voyait une grande place vacante, qui se remplissait d’eau, après les averses, comme un étang. Sfax ayant un climat modéré, ultérieurement a la pluie, venait le beau temps et avec lui le soleil. La grande mare dont l’eau se chauffait sous les rayons bienfaisants, attirait tous les gosses du quartier qui y venaient prendre un bain. Je faisais comme les autres, laissant mes habits de coté, accrochés à un cactus de la tabia (dune) et j’entrais dans l’eau en caleçon.

Un jour maman m’appela : "Camus !!!" Je me suis habillé en vitesse et j’ai couru en direction de la maison. Freinant ma course aux abords de notre demeure, j’ai glissé sur la boue et je suis tombé sur le dos en plein dans une petite flaque. Maman s’empressa de me soulever, de me laver et de m’essuyer, en disant :

— Ouldi, ma nétèchouach alek ! D. me préserve.
En vérité, j’étais content d’avoir chuté. La nappe et la vase qui m’ont humecté, étaient une excuse valable qui m’a dispensé d’expliquer a maman pourquoi j’étais humide.

* Flila était une amie de la famille Kria et comme elle était veuve et dépourvue de possibilités financières, elle a été nommée, grâce a la bonté des Kria, concierge du bâtiment. Elle occupait une maisonnette au dernier plan, tout près de la terrasse.

Un jour que j’étais poursuivi par un voyou, qui voulait chiper ma toupie neuve, j’ai couru m’abriter dans l’entrée de Flila, puis ayant grimpé les étages, j’ai demandé assistance à la gentille Flila. Elle m’a montré le toit du doigt et l’a refermé à clef après que je m’y suis caché. De là, j’ai sauté un petit mur et me trouvant sur un toit voisin je me suis introduit dans les escaliers et je suis descendu comme si rien n’était. Bien sûr pour les vauriens un garçonnet ressemble à une autre enfant et ainsi je suis sorti paisiblement, me mêlant à la foule.

* Le bar Cyranos était situé juste en face du cabinet de Kria. On s’asseyait Gago et moi sur le parterre cimenté près du café et on jouait au carré loup. Sur une des marches du bureau qui n’était jamais ouvert (peut être avait il une autre entrée ?) était un jour assise une fille. Gago s’arrêtant de jouer me dit :

— Regarde ! Comme c’est beau ! Aïe ! Les charmes...
— Ah ! Non ! C’est péché de regarder les filles qui ont les jambes découvertes par mégarde. J’ai gagné la partie, Gago.
Et oui, notre éducation était stricte, il ne fallait pas z’yeuter et nous ne le faisions pas.

  • Autour du bâtiment Kria nous organisions des courses à pied, un vrai tournoi. Deux enfants partaient au signal donné, dans des sens opposés et ils faisaient en courant le tour de l’immeuble. Au milieu de la route ils se croisaient et à la fin de la course, l’un des deux était sélectionné pour avoir devancé son concurrent de quelques mètres. On arrivait ainsi au quart de finale, à la demi finale et enfin on couronnait le champion du jour, toujours le même d’un bandeau de papier.

Par : Camus Bouhnik

Publié le : vendredi 6 janvier 2006 sur Tunecity

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