** L’Énigme de Tarak

 

Cette histoire est une histoire.  À moi de la raconter, à vous de l’écouter car le temps s’est écoulé et beaucoup est oublié. 

 C’est l’histoire d’un sultan qui n’a qu’un enfant qu’il prénomme Tarak.

Or il arriva un jour que le sultan est ruiné. 

 Le prince Tarak veut aider son père et se propose de devenir chasseur. Il va donc chez l’armurier et lui demande de lui vendre un fusil à crédit.

Le marchand lui répond :

  • Le temps où je t’aurais fait crédit n’est plus. Aujourd’hui, tu payes.
  • Je n’ai au monde que mon père et ma mère, répond Tarak.
  • Au nom de l’amitié, je te donnerai un fusil, si tu me laisses ta mère en gage.

Ainsi, Tarak obtient un fusil. Maintenant il lui faut un cheval. Il va chez le marchand de chevaux.

  • Un cheval à crédit ! ni compte pas, on ne prête qu’aux riches. Mais si tu me laisses ton père en gage ?
  • Va pour mon père.  
  • Tarak a maintenant un cheval et un fusil. Aussi il part à la chasse dans les Monts Bou-Edma. Soudain derrière un bosquet, il voit une gazelle, il la suit au galop, la gazelle l'entraîne très loin. Finalement, il la rattrape, il tire, elle s'écroule. Il s’avance afin de l’égorger, mais trop tard, elle est morte. Il ne peut donc pas manger sa viande. C’est pécher ! Alors, il lui ouvre le ventre et à l'intérieur, il trouve un bébé gazelle. Comme il a faim, il l’égorge suivant les règles et le mange.

Maintenant il a soif, mais tout autour c’est aride, il n’y a pas d’eau. Il regarde son cheval luisant de sueur, alors il gratte la sueur du cheval et la boit.

Il se remet en route, et galope longtemps, il arrive dans une ville et devant un palais. Des crânes pendent à tous les créneaux des remparts. Tarak s’approche d’une vieille femme qui passe et lui demande pourquoi tous ces crânes ?

  • C’est la fille du Sultan. Elle adore les énigmes. Si tu lui proposes une énigme qu’elle ne peut résoudre, tu deviendras son mari. Mais si elle trouve la solution, ta tête ira rejoindre tous ces crânes que tu vois pourrir au soleil.

Tarak se présente au palais et demande à voir la princesse. Quand il est devant elle il lui dit :

  • Mon nom est Tarak et je viens te proposer de résoudre une énigme.
  • Tu sais ce qui t’attend si je résous ton énigme ?
  • Je sais, et toi veux-tu entendre mon énigme ?
  • Je t’écoute.
  • J’ai mis ma mère sur mon épaule, et j’ai enfourché mon père.

      J’ai mangé le pur dans l’impur, et j’ai bu l’eau qui ne vient ni du  ciel ni de la terre.

La princesse écoute. Elle réfléchit, puis elle dit :

  • Reviens demain !

Le lendemain Tarak retourne chez la princesse. Elle lui dit :

  • Reviens demain !

Le lendemain :

  • Reviens demain !

Et, de lendemain en lendemain, un mois se passe.

La princesse est prise à son propre piège. Alors, elle se déguise en paysanne, et va à la rencontre de Tarak. Elle se fait passer pour la nièce de sa logeuse et se montre empressée, elle le flatte, le charme et le séduit. Ensuite elle lui dit :

  • Alors mon cher Tarak, il paraît que tu as mis en échec la princesse, elle n’arrive pas à résoudre ton énigme… raconte-moi ? Tarak ne répond pas.
  • S'il te plaît, Tarak l'astucieux, Tarak l'adorable, Tarak le malin, dit moi le résultat de l'énigme ?
  • Je te le dirais si tu passes la nuit avec moi.

La jeune fille passe une semaine entière à ses côtés. La septième nuit, Tarak lui coupe une de ces nattes et la met dans sa poche.

Au petit matin, il lui raconte toute l’histoire de son énigme.

Joyeuse, elle rentre au palais, et convoque le jeune homme.

Quand il se présente, elle lui dit :

  • J’ai la solution de ton énigme. Elle se tourne vers les gardes et dit :

      Faites venir la cour.

Le sultan arrive avec le Cadi, le sheriff, les chambellans et tous ses conseillers.

Alors la princesse se lève :

  • Tu as donné ta mère en gage pour un fusil, tu as donné ton père en gage pour un cheval, tu as mangé une gazelle vivante dans le ventre d’une gazelle morte et tu as bu la sueur de ton cheval.

Le sultan dit :

-      Qu’on lui coupe la tête !

-     Attendez, dit Tarak. Avant de mourir, une dernière énigme dont la princesse connaît le sens : 

-     L’oiselle a quitté son nid pour aller dans le lit d’un étranger. Quand elle est rentrée, il manquait une de ces ailes !

La princesse devient livide et elle doit reconnaître devant la cour que c’est Tarak qui a donné la solution de sa propre énigme.

Tarak est vainqueur.

Le sultan lui dit :

  • Veux-tu épouser ma fille, ou préfères-tu choisir ta récompense ?

 J’ai dû partir avant la fin de l’histoire qui est douce ou amère selon. Mais Tarak au contact de la princesse, qui était  belle comme un croissant de lune, avait perdu le Nord, le Sud, l’Orient et l’Occident. Aussi je crois bien qu’il l’aura épousée.

   

 Flatter puis flétrir… c’est deux fois mentir.

 Là où l’on s’aime, il ne fait jamais nuit. 

                 Ce qui est dans la parole est aussi dans le silence.

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