L’envoyé du destin

 

      En ce temps-là qui était le temps des histoires, il advint que dans l’immensité du Sahara, une caravane remontait de Libye vers Médenine.  Comme le soir rosissait  le ciel, elle s’arrêta dans les dunes près du Djebel al Gharb pour y passer la nuit.   

Le campement s’organisait, Les chameaux baraquaient, les hommes et les femmes montaient les tentes, y plaçaient nattes et tapis. Les guerbas étaient suspendues, et le feu allumé.  

Soudain toutes les têtes se tournèrent vers les grandes dunes roses qui barraient l’horizon. Dans le lointain, flottant dans la brume de chaleur, ils voyaient la silhouette d'un méhari blanc qui avançait vers eux en se balançant.

L’étranger frappait du pied le cou de sa monture pour l’exciter. Il portait le voile bleu des Touaregs et son visage était masqué par le litham. Suspendu à sa selle se trouvait le bouclier et il tenait au poing la takouba.

Arrivé au centre du campement, L’homme arrêta son méhari, descendit, découvrit son visage, puis lentement s’avança vers le chef de la caravane.

Tous les nomades étaient autour pour voir l’inconnu. Il s’arrêta à quelques pas du chef et le salua avec respect.

On ne refuse jamais l’hospitalité à un voyageur, même si ses propos semblent prétentieux et quelque peut sentencieux.

Le chef lui fit l’honneur de sa tente et le retint pour le dîner.

Dans la soirée, le voyageur se promena tranquillement dans le camp où chacun vaquait à ses occupations.

Devant une tente une femme secouait une guerba de lait pour faire du beurre. L’homme s’approcha d’elle et avec sa takouba, il déchira la guerba et le lait se rependit sur le sable. 

La femme était blême de fureur, mais on ne peut rien dire à l’hôte du chef.  Le visiteur impassible continua sa promenade. Il croisa un groupe d’adolescentes qui revenaient du puits portant sur la tête des gargoulettes pleines d’eau. L’inconnu les arrêta, et cassa les gargoulettes avec sa takouba. Les jeunes filles étaient consternées, mais peut-on faire des reproches à l’hôte du chef ? 

L’inconnu continua sa promenade dans le camp. Un nomade s’apprêtait à partir, et déjà il accrochait ses sacs de marchandises à la selle de son chameau. L’homme s’avança, et d’un geste rapide, il trancha la gorge de l’animal. Le chamelier resta stupéfié par ce geste qui le privait de son compagnon de travail, il était triste et indigné, mais on ne dit rien à l’hôte du chef.

Sa visite terminée, l’étranger prit congé de la caravane et tous le regardaient de façon singulière. Il monta tranquillement sur son méhari, mais avant de partir, il s’adressa aux nomades en ces termes :

Les jeunes filles ont puisé l’eau dans un puits où le cadavre d’un animal était immergé depuis plusieurs semaines. Et là encore, j’ai sauvé la vie de plusieurs familles.  

J’ai tué ce chameau, car il allait se perdre la nuit dans les sables, et cet homme serait mort de soif.

Voilà mes chers amis. Le destin envoie parfois des signes, sur votre chemin, mais nous sommes aveugles et enfermés dans nos certitudes. Aussi nous ne pouvons pas comprendre le pourquoi de certaines choses. Mais il ne faut jamais condamner les actes des personnes avant d'en connaître les motifs.

Et sur ses mots, l’inconnu s’évanouit derrière les dunes.

Au centre du campement, les nomades surpris, trouvèrent des pièces d’or qui les dédommageaient largement de leur perte. 

Depuis, les hommes du désert savent que, lorsqu'ils perdent quelque chose, ils ont certainement gagné autre chose !

Ils savent que dans la vie rien n’est jamais immotivée.  Toute action a une signification. Mais disent-ils, Allah en sait bien davantage.          

 

 

 Un ami est meilleur que le lait.

 

         Peu importe le sens du vent, le soleil suit toujours son chemin.

 Parle seulement si tes mots sont plus forts que le silence.

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