Histoires de Dj’hâa.

 

Dans le Maghreb et le Moyen-Orient, les histoires de Dj’hâa sont légion. Elle touche autant les Arabes que les Juifs séfarades.

Selon les pays, il s’appelle Goha ou encore Nasr Eddin Hodja ou Djouha. 

Dans le pays là-bas c’est Dj’hâa ! 

La légende dit que c’est un Ouléma de la culture arabo musulmane, et qu’il aurait vécu en Turquie à Aksehir où il a sa tombe… vide bien sûr ! Il aurait également une tombe en Algérie. 

 Dj’hâa, est un mélange de naïveté et de roublardise. 

Donneur de leçons, il porte en lui tous les défauts des hommes, mais aussi un bon sens et une logique populaire qui donne à ses réflexions une cohésion par l’absurde et la dérision qui fait le bonheur des populations qui toujours se reconnaissent un peu en lui. Il est en quelque sorte un miroir de l’humanité.

Ses contes ont une sagesse cachée, et leurs buts, n’est pas seulement le rire, mais surtout de comprendre nos propres comportements. 

Voici donc nobles auditeurs, quelques aventures du plus sage, du plus rusé, du plus espiègle, du plus spirituel de tous les amuseurs ! 

  Alors qu’il était encore jeune, son père lui dit un jour :

  • Tu devrais te lever plus tôt mon fils
  • Et pourquoi père ?
  • Parce que c’est une bonne habitude à prendre. Un jour où je m’étais levé à l’aube, j’ai trouvé un sac d’or sur la route.
  • Il avait été peut-être perdu la veille ?
  • Non, dit le père. Il n’était pas là la veille au soir, sinon je l’aurais vu en rentrant.
  • Alors dit Dj'hâa, c'est que l'homme, qui a perdu son or s'était levé encore plus tôt que toi. Tu vois que ce n’est pas bon de se lever trop tôt !

***

 Et puis Dj’hâa grandit et voulut se marier. Il pensa à une jeune fille qu’il connaissait, mais celle-ci en préféra un autre qu’elle épousa.

Quelques années plus tard, cet homme mourut.

Dj’châa se rendit chez la veuve pour lui présenter ses condoléances. 

Il lui dit :

  • Je suis heureux que tu l’aies épousé. Sinon, c’est moi que l’on enterrerait aujourd’hui.

                                                   

***

 

Une femme dit à Dj’hâa :

Donne-moi une bague. Ainsi, chaque fois que je la regarderai, je penserai à toi.

Je ne te donnerai pas de bague, lui répondit Dj’châa. 

      Comme cela chaque fois que tu regarderas ton doigt vide, tu penseras à moi !

***

   Un groupe de sages discutaient, en présence de Dj’hâa, de la jeunesse et de la vieillesse. 

Chacun donnait son avis et son expérience personnelle sur l’affaiblissement que l’on constate en devenant vieux.

Dj’hâa, n’était pas de cet avis, il argumenta ainsi :

  • Dans la cour de ma maison, il y a une très grosse pierre. Quand   j'étais jeune, je n'arrivais pas à la soulever. Aujourd’hui que j’ai pris de l’âge, Je n’y arrive toujours pas ! Vous voyez, je ne me suis donc pas affaibli en vieillissant. 

***

   

 Un matin au marché Dj’hâa acheta un Kilo de viande qu’il donna à sa femme pour le dîner. 

Le soir en rentrant, sa femme lui dit que le chat avait volé et dévoré la viande.

Dj’hâa se saisit du chat, le mit sur le plateau de la balance, et le pesa.

Le chat pesait précisément un Kilo !

Alors pensif, Dj’hâa se demanda à haute voix.

  • Si tu es mon chat, où est la viande,

         Si tu es la viande… Alors où est mon chat ?

***

    Un fellah fit cadeau d’une poule à Dj’hâa.   Celui-ci fit un bouillon, qu’ils mangèrent

 ensemble, ils passèrent ainsi une très bonne soirée.

Quelques jours plus tard, un autre fellah frappa à la porte de Dj’hâa en disant :

  • Je suis le voisin de celui qui t’a fait cadeau de la poule.

Dj’hâa le fit entrer, l’honora et le nourrit. L’homme satisfait reparti le lendemain.

Deux jours après, un troisième fellah vint frapper à la porte et dit : 

  • Je suis le voisin du voisin de celui qui t’a fait cadeau d’une poule.
  • Je suis heureux de te connaître, répondit Dj’hâa en le faisant entrer.

Puis il le pria de s’asseoir devant la natte du repas. Il se retira dans la cuisine et revint avec une marmite d’eau chaude dans laquelle nageaient quelques gouttes de graisse.

  • Qu’est-ce que c’est ?  demanda le fellah.
  • C’est, la sœur de la sœur de l’eau, dans laquelle a cuit la poule du voisin de ton voisin, répondit Dj’hâa.

***

 Le Caïd s’étonne que Dj’hâa, dont la réputation de sagesse est grande, dédaigne d'assister aux réunions du conseil du palais.  Aussi il lui donne l’ordre d’être présent à la réunion suivante.

Le jour dit, Dj’hâa se rend au palais sur son âne. Toutefois il est assis à l’envers, la tête tournée vers la queue de l’animal.  

En passant dans les rues, tout le monde rit et se moque de lui.

Il arrive ainsi au palais, où tous les conseillés et les ulémas rient à leur tour, et lui demandent :

  • Hé Dj’hâa ! Tu es monté sur ton âne dans le mauvais sens ! Pourquoi es-tu monté à l’envers ? 

Dj’hâa, ne répond rien et les regarde d’un air méprisant.

Le Caïd prend la parole et dit :

  • Explique-moi pourquoi tu ne viens jamais à nos réunions toi dont on vante partout la sagesse ?
  • C’est parce que je ne veux pas me mêler à tous ces sots. 

Tu prétends que ce sont des sots.

  • J’en suis sûr 
  • A quoi vois-tu cela, demanda le Caïd.
  • Je vois cela au fait qu’ils ne posent pas la bonne question.
  • Et quelle question devraient-ils poser ?
  • Ils me demandent bêtement pourquoi je suis monté à l’envers sur mon âne !
  • Et d’après toi, ce n’est pas la bonne question ?
  • Évidemment, non !
  • Alors, quelle question fallait-il te poser ?
  • Il faut se demander précisément ceci : - Est-ce que c’est Dj’hâa qui s’est mis à l’envers ? 

Ou bien, est-ce que c’est l’âne qui s’est placé dans le mauvais sens ?

Et, sans descendre de sa monture, il repart chez lui.

***

  Un jour, Dj’hâa acheta un pantalon dans une boutique de vêtements. Au moment de régler,

 il se dit : - Celui que je porte n'est pas tellement usé, il peut durer encore un certain temps. 

Ne devrais-je pas prendre, à sa place, une Jellaba ?
Il l'échangea ainsi contre ce vêtement dont il fit l'essai et qui lui allé à ravir. Il était sur le

 point de partir quand le vendeur lui rappela qu'il n'avait pas payé. Dj’hâa, prit  un 

air étonné :
-   Comment ? Ne l'ai-je pas échangé contre le pantalon ?
Le marchand, stupéfait, bégaya :
-   C'est vrai, mais tu n'as pas non plus réglé le pantalon !
Alors Dj’hâa le raisonna :
-   Quel drôle de boutiquier, tu fais ! Tu voudrais me faire payer une marchandise 

que je n'achète pas ?     

             Nous accueillons facilement la réalité, peut-être, parce que nous                   soupçonnons que rien n’est réel.                                    

                                                 

       Si tes yeux entrevoient les défauts des autres, rappelle-toi

            que tous les hommes ont des yeux.

               

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