Histoire de deux pets.

 

Il était une fois, ou peut-être qu’il n’a jamais été. Va savoir ! 

Que la vie nous préserve de ce qui peut arriver dans les contes.

Cette histoire, c’est l’histoire de deux sœurs qui avaient épousé deux frères.

Le premier était très riche, et le deuxième, très très pauvre.

Un jour, la femme de l'homme pauvre, qui se trouvait enceinte, va chez sa sœur. Elle la trouve en train de préparer un couscous au mouton avec des boulettes et des merguez. Tout à sa préparation, elle ne s’intéresse pas à sa sœur qui s’assoie sur le seuil de la porte.

Le couscous est mis à cuire et l’odeur de la cuisson met la femme enceinte dans un appétit féroce comme seules les femmes enceintes, peuvent en avoir.

Elle reste ainsi assise par terre jusqu'à ce que le repas soit cuit, alors elle se lève pour rentrer chez elle, espérant qu’au dernier moment sa sœur la retiendra à manger. Il ne se passe rien.  Elle rentre chez elle et dit à son mari :

Et elle lui raconte sa visite, ses envies et le manque de considération de sa sœur.

Le mari lui répond :

Quelque temps plus tard, le frère pauvre a réussi à mettre un peu d'argent de côté. Il achète un kilo et demi de viande de mouton, de la semoule et des légumes. Sa femme prépare le repas avec enthousiasme. Elle se fait prêter un tapis de Kairouan et des coussins par sa voisine afin que le Cadi soit bien installé.

Tout est prêt. La maison sent bon la cuisine, et le repas est chaud.

Le Cadi arrive, le mari l’installe sur un coussin, il s’assied en face de lui. Alors la femme se penche pour poser le plat de couscous sur le tapis. Ainsi penché, sans le sentir venir, sans pouvoir le retenir, soudain elle lâche un pet.

Ses joues deviennent rouges de honte, et elle murmure entre les dents :

Il ne faut jamais dire des choses pareilles ! - La terre s’est ouverte et l’a engloutie.

Elle se retrouve sous terre, dans une rue au milieu d’un marché.

En haut, le mari et le Cadi termine le repas, ils se sont régalés, mais ils ne savent pas où la femme est passée.

L’heure avance, alors le Cadi se lève et s’en va.

En bas sous terre, la femme sillonne le marché et demande aux passants qu’elle rencontre :

Les gens la regardent avec étonnement.

Et à force de poser la question, elle finit par être entourée par des curieux. Un attroupement se forme, et les gens lui demandent ce qui lui arrive, et s’ils peuvent faire quelque chose pour elle.

Alors la femme raconte toute son histoire sans rien oublier.

Tous écoutent attentivement et lui disent :

Et toute la population se met à chercher avec elle, même la police et l’armée. Tout le monde fait de son mieux pour trouver le pet égaré. Tous demandent :

    -  Qui a vu le pet ?  Mais où donc est passé le pet ?

Et bien vous me croirez si vous voulez… le pet en personne fini par se présenter de lui-même. Il dit :

   -   C’est moi ! Me voici ! 

Il était vêtu comme un notable un jour de fête, un tarbouche sur la tête, une djellaba dont les fils d’or brillaient dans la lumière. Il était coiffé, rasé et parfumé, et il s’était installé au café fumant le narguilé comme un monsieur respectable.

Les habitants formèrent un cercle autour de lui, et comme dans un tribunal, ils lui demandèrent des comptes :

Puis se tournant vers la femme, il dit :

Elle dit donc cette formule magique, de l’or tombe à ses pieds et elle se retrouve assise devant son mari qui l’attend depuis des heures.

Elle sourit et lui dit :

Elle lui raconte le pet, le monde souterrain, la recherche du pet, le dédommagement et son retour à la maison.

Quand elle a fini son récit, un tas d’or recouvrent ses pieds.

Ils sont riches !

L’homme achète un chapelet à sa femme. Elle récite les noms de Dieu sans arrêt jour et nuit, et les voilà comblés de richesses.   

Ils achètent une maison de prince avec des serviteurs, ils s’habillent comme s’habillent les princes, et vivent comme vivent les princes.

Quelque temps plus tard, en voyant les restes de couscous, sa sœur pense à elle. Elle racle le fond des marmites, les met dans une petite assiette pour les lui porter. Elle traverse la ville et arrive devant le gourbi de sa sœur. Elle frappe. Personne. Elle demande aux voisins où est sa sœur ? Ils répondent avec un air moqueur :

 « Ils ont acheté une maison de prince et vivent comme des princes … »

Elle se rend à la nouvelle demeure. Un palais ! 

« Ma sœur doit travailler ici comme domestique » se dit-elle.

Elle frappe à la porte et un valet ouvre. Elle dit :

Elle est stupéfiée !  

Après un moment, quand elle est accueillie par sa sœur, elle est toute douce comme un loukoum.

Elle se tourne vers son serviteur et dit :

De plus en plus intriguée, la femme du frère riche demande à sa sœur, comment elle a fait pour accumuler une telle fortune en quelques jours, et, celle-ci lui explique en détail, toute l'histoire.

Sans passer par les cuisines, elle rentre chez elle en courant et raconte tout à son mari. Puis elle lui dit :

Le couscous prêt le Cadi arrive, elle sert les deux hommes.

Pendant qu’elle les sert, la femme pousse de toutes ses forces. Rien ne se passe. Elle pousse encore, se concentre, pousse encore plus fort, elle devient rouge et elle grimace, enfin, à force de pousser, elle réussit à libérer un tout petit pet de rien du tout. Elle dit à voix haute :

 « Que la terre s’ouvre et m’engloutisse ». et la terre s’ouvre et l’engloutit.

Elle est sous terre, dans les rues de la ville, et elle questionne les habitants.

Elle dit tout autour d’elle : 

Enfin l’un d’eux s’arrête et demande :

 - Quel pet ?

Elle raconte son histoire.  Et les passants proposent de l’aider. Et tous cherchent le pet égaré… et finissent par le trouver au fond d’un vieux caravansérail abandonné. 

Il est tout ratatiné, il a la peau sur les os et grelotte de froid. Il est enveloppé dans une couverture trempée par la pluie.

La foule lui demande des comptes :

La femme ne veut plus rien entendre et dit en toute hâte la formule qui lui permettra de remonter sur terre.  

Elle se retrouve face à son mari qui impatient lui dit :

-      Alors ? Qu’as-tu obtenu ?

-      Je n’ai…

À peine a-t-elle ouvert la bouche qu’un serpent tombe à ses pieds et la mord.

Elle meurt immédiatement.

Drôle d’histoire !

 Aussi, je vous souhaite la bonne nuit.

      Parfois l’on attend la lumière, et l’on trouve la pluie battante !L’âne peut aller à La Mecque,  il n’en reviendra pas pour autant pèlerin. 

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