La légende de la "Punta" (Ou Le rivage désolé)

 


IL ETAIT UNE FOIS, dans une ville côtière d'Afrique du Nord, un rivage particulièrement désolé, dont la désolation était d'autant plus singulière que régnait alentour une grande animation : le port, le port de pêche, les plages grouillaient de monde et débordaient d'activité. Le rivage désolé se... désolait de sa désolation : "Qu'ai-je donc fait, ne cessait-il de se répéter, pour avoir un sort si peu enviable ? Pourquoi est-ce que je ne sers à personne, à rien ?"

Et le rivage se lamentait jour après jour sur sa triste condition, sans, pourtant, perdre confiance ni courage, car, profondément croyant, il était convaincu qu'un jour Dieu l'entendrait.

Il ne se trompait pas. Ses jérémiades finirent par atteindre le Ciel et le Très-Haut les entendit. Elles ne tombèrent pas dans l'oreille d'un sourd : Dieu s'en émut et décida de faire justice.

Et justice fut faite...

 

***


Deux pigeons s'aimaient d'amour tendre, mais leur amour était haï, parce qu'ils appartenaient à deux communautés différentes ne... communiquant entre elles que sur le plan des affaires et farouchement hostiles à tout commerce amoureux.

Ils cherchaient un lieu sûr où ils pourraient se retrouver et goûter au bonheur d'être ensemble, à l'abri des regards indiscrets et haineux. Ils trouvèrent - qui cherche trouve - un rivage désolé qu'on appelait "la Punta", sans doute parce que c'était une pointe de terre, un petit promontoire. Là, dans le silence et la paix, bercé par le murmure caressant de la vague, leur amour put vivre et grandir. Le temps l'imposa : ils se marièrent et eurent quelques enfants.

Entre-temps, ils avaient fait des émules. L'amour, l'amour généreux, toujours en porte à faux dans un monde égoïste, est continuellement en quête d'un refuge. Bientôt "la Punta", devint le rendez-vous des vrais amoureux. Et le petit rivage désolé, désespéré, un lieu de consolation et d'espoir. Restant moins fréquenté que les autres, il était le mieux fréquenté, et suffisamment sage pour préférer la qualité à la quantité.

 

Plein de reconnaissance, le petit rivage, qui avait passé le plus clair de son temps à se plaindre, consacra désormais le meilleur de ses jours à chanter les louanges de la Création et du Créateur.


MORALITE. Nul n'est jamais de trop, rien ne sert à rien, tout a sa raison d'être. Celui qui croit au sens de sa vie finit toujours par le trouver.

Publiée par « Le Forum Sfaxien »

 Le 19 Août 2009

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