Les marchands ambulants de Picville

 
Une journée dans ce quartier était toujours rythmée par d'incessants ballets de marchands ambulants de toutes sortes.

- A l'heure du laitier (c'est le cas de le dire), juste à côté du bar de l'Union, un terrain vague bordé d'habitations et de petits commerces : c'est là où débutait la journée, très tôt le matin, pour le chevrier et ses quelques bêtes qui n'avaient rien à brouter, sinon quelques détritus et en attendant d'éventuels clients, notre chevrier s'asseyait sur le rebord du trottoir.

- Un peu plus tard, le laitier de la ferme Patané, sur sa charrette tractée par un cheval sillonnait toutes les ruelles.

A présent, le quartier était réveillé et chacun commençait à vaquer à ses occupations.

- C'était au tour du marchand de pétrole (guez), une citerne sur un tombereau tiré par un mulet, il annonçait sa présence au son d'une petite trompette.

- Le porteur d'eau, une perche sur les épaules, supportait deux volumineux bidons de récupération et du fait qu'il marchait à grandes enjambées, perdait un peu de ce précieux liquide.

- Le vendeur de thé, dans une main un seau d'eau pour nettoyer les verres (balbis) et dans l'autre une théière montée sur un Kanoun, il avançait très vite.

- Le soudeur muni de son fer toujours dans la braise, prêt à rafistoler des ustensiles de cuisine.

Entre 8 et 9 heures, le marchand de fruits et légumes, sa charrette à bras chargée au maximum et dès qu'il avait le dos tourné, nous lui chipions un fruit ou un radis.

- Le chiffonnier achetait tout et n'importe quoi : des vieux habits, une chaise et tout ce dont nous voulions nous débarrasser, il criait « robavèchia » « robavèchia » (vieilles robes)

- Le vendeur de poules tenait dans ses mains des volatiles aux pattes liées, la tête en bas, je ne supportais pas de les voir dans cette position.

- Le poissonnier passait deux fois par semaine, sa charrette était remplie de caisses de poissons sur de la glace le tout recouvert par une toile de jute pour ne pas que les poissons « tournent de l'oeil ».

Le livreur de vin, une remorque derrière son vélo remplie de bonbonnes avait du mal à avancer et se mettait « en danseuse », il transpirait à grosses gouttes.

- Le peintre en bâtiment qui pour se faire entendre criait : « bianchicharé » « bianchicharé » (le peintre badigeonneur) .

Dans le courant de l'après midi, le pâtissier, un énorme plateau en équilibre sur la tête et deux tréteaux sur l'épaule déambulait dans les ruelles.

- Le marchand de gargoulettes, pour en avoir une, nous la troquions contre des vieux journaux ou des bouteilles vides.

Miro (un voisin) coiffeur à domicile, sa petite valise à la main proposait ses services.



- Ponctuellement, le marchand d'escargots avec sa caisse grillagée sur le porte-bagages de son vélo s'arrêtait devant chaque maison.

- Le vendeur de crabes, sa corbeille bien remplie, qui les vendait à la douzaine, notre jeu consistait à en prendre un sans se faire pincer.

- Une ou deux fois par an, les commis voyageurs (VRP) des temps modernes avec leurs grosses valises remplies de linge de maison et d'habits débarquaient le plus souvent d'Italie.

La journée se terminait comme un rituel et ce spectacle recommençait le lendemain et presque tous les autres jours de l'année.

Quoi qu'il en soit, tous ces allées et venues donnaient une vie à ce quartier que je n'oublierai jamais et toutes ces animations sont gravées à vie dans un coin de ma tête.

 

29 juin 2009

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