Mare Nostrum

Je me souviens de la magie de ma méditerranée.
C'est une mer, bleue et calme à peine ridée par le souffle léger d'une brise bienveillante ; bien quelle sache aussi avoir des colères, avec des vagues écumantes sous un vent rageur et un ciel enfumé.
C'est une mer dont les limites sont humaines, et je me sens chez moi sur toutes ses rives.

C'est une mer, où chaque civilisation a imprimé sa marque, sa culture, sa religion .Elle a porté la plénitude de la connaissance.
J'aime me promener sur ses plages silencieuses en traînant mes pieds nus dans le sable, même si parfois quelques épines de figuier de barbarie
La mer transparente comme une éternité se détache à peine sur le ciel. Sur la grève, des squelettes de barques se reposent de tant d'années de pêche. Des femmes blanches passent au loin, elles vont laver leur linge. Je m'adosse contre une esquive retournée, décolorée, usée par les marées et les nuits de pêche, et je rêve.

  Je rêve à toutes ses îles merveilleuses qu'elle berce, à tous ses rivages aux formes alanguies, à tous ces ports qu'elle a enfantés, à tous ces villages blancs qui la bordent.
Quel bonheur que de contempler au travers de cette mer l'union possible et souhaitée de l'orient et de l'occident, oublier les tragédies, la barbarie, et ne garder que le brassage des cultures et les liens tissés entre les riverains de ce lieu d'échange unique, fait pour la fraternisation des hommes et se souvenir, que ces civilisations ont apporté au monde ses œuvres plus prestigieuses.

La lumière exalte l'imagination et aide à la contemplation. Sur le sable l'ombre nostalgique de mes souvenirs s'allonge avec le soir qui s'avance, quelques bateaux passent à l'horizon, et je revois tous ces lieux que j'ai traversé, les images, et les odeurs de chacun.
Je me souviens, des baignades de mon enfance tout au long de plages de Tunisie, les plongées sous marine où chaque regard est dérobé à un monde inconnu. Je flottais entre roches rouges et sable blond, découvrant des petites vallées avec de longues algues vertes, des oursins mauves et le soleil qui scintillait par-dessus. Des Sars nageaient une ronde, des Mulets argentés tourbillonnaient, une sarabande de petits poissons que nous appelions Pataclés venaient soudain vers moi, s'arrêtaient pour me dévisager, puis s'en allaient aussi vite pour disparaître.
Un petit matin sur un marché de Trapani, les couleurs, l'allégresse les rires, les cris, m'avaient ravi le cœur et l'âme. Et, sur cette terre Italienne, je voyais réunie la Grèce et l'Afrique. Cette image demeure à jamais dans ma mémoire.
À Santorin, je me suis promené le long des ruelles blanches et surchauffées, quand soudain du haut d'une terrasse j'ai vu le soleil s'enfoncer lentement dans les flots, et j'ai su que l'ivresse de cet instant ne me quitterait plus.

Je ne sais plus les raisons qui me faisaient traîner le long du Guadalmedina à Malaga, mais je sais qu'un léger vent chaud et une odeur de poussière m'avaient procuré une sensation de plénitude, et je me suis senti soudain en parfaite communion avec cette terre.
Un jour, dans les faubourgs de Port-Saïd la fumée d'un feu de bois et un relent de bélier, me fit partager un méchoui sur la plage avec de jeunes gens. Je sais aujourd'hui, que cette amitié m'a rendu meilleur.
J'ai connu d'autres ports, j'ai connu d'autres villes, et chaque fois, leurs souvenirs, est un bonheur de vivre. Rien n'est plus beau que de contempler l'esprit commun entre tous ces peuples que l'on voudrait différents et qui en réalité sont une seule et même nation.

J'ai voyagé le long des rivages de « NOTRE MER » comme l'appelaient les Romains, et partout je me suis senti chez moi, partout j'ai retrouvé les mêmes hommes aux mêmes gestes, le même regard des femmes, les mêmes fleurs, et les mêmes couleurs et comme une évidence, l'amour d'un même continent.

J'aime cette Méditerranée, où tout nous est donné si nous savons tendre les mains avec le regard de l'innocence. L'on se trouve partout ici dans le même univers, et l'on s'aperçoit que cette mer n'a pas deux rives, mais une seule, et que nous sommes tous ses enfants.
L'essentiel est dans le regard, car on ne pourra jamais s'approprier de la douceur d'un coucher de soleil, ni l'odeur du sable brulant le midi sur une plage déserte, ni même le sourire d'un enfant croisé devant la porte d'un gourbi.

Je plains ces hordes de touristes qui courent de plage en plage pour voir et se faire voir, plutôt que pour connaitre. Ils se promènent dans les villages en terrain conquis sans respecter ni les coutumes, ni les personnes. Ils s'imaginent s'approprier le pays, et repartent chez eux avec des clichés sans valeur, ils ne savent pas que le bonheur n'est jamais donné. Il n'est possible qu'après un long apprentissage, et se mérite par la détermination, l'amour et le renoncement.

 

 (Extrait du livre de Roger Macchi " Le Jardin des Délices Oubliées " Éditions L'Harmattan. Paris 2008.)

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