Couleurs et odeurs du port

 

J'inclinerais à rester sur ce port, à y cueillir les gestes, les attitudes, des existences qui se perpétuent, identiques à elles-mêmes et à celles qui les ont précédées.
Le retour des barques, l'arrivée des marins, le partage de la pêche, autant de rites pareils depuis des siècles. Nulle part ne se vérifie mieux l'éternel recommencement de toutes choses, nulle part on n'atteint mieux à ce caractèr...e qui est une aspiration de nos intelligences déformées, de nos cœurs usés, pervertis. Les mâts serrés les uns contre les autres et tressant sur le ciel des hachures brunes comme les mailles d'un filet, l'air marin saturé d'iode et de sel, filtrant à travers des odeurs d'huile, un aspect à la fois dense et libre, me suggèrent, chaque fois que je les remarque, une conciliation difficile entre le besoin de fixité et l'esprit d'aventure.
Les marins sont les nomades de la mer, revenant en un point déterminé de l'espace immense.
 
(Texte de Léandre Vaillat Paris, 1946 rapporté par Houda Chérif dans Sfax Sous Les Arcades )

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