Petit historique de Sfax, des origines jusqu'en 1910

La ville de Sfax comptait, en 1910,111.350 habitants, banlieue comprise : (81.350 hab. pour le périmètre urbain et suburbain,
30.000 pour la banlieue).
La ville indigène comprend 2.520 maisons et 9.800 ménages.
La ville européenne 417 maisons et 1.750 ménages; le périmètre suburbain,1.000 maisons et 4.500 ménages.

D'après l'origine, les habitants de la ville et de sa banlieue se répartissent en 8.600 Européens dont 2.000 Français environ, et
103.250 indigènes, dont 5.000 israélites environ.
M. Joselyn Bureau a bien voulu, sur notre demande, nous envoyer sur la ville de Sfax une très intéressante et très complète monographie, dont le manque de place nous oblige à ne donner que des extraits :

«Certains auteurs prétendent que notre ville est bâtie sur l'emplacement où jadis s'élevait Taphrura ; d'autres croient que la Sfax
actuelle est édifiée sur les ruines de la Thebena qui, selon le général romain Hirtius, était située à l'extrémité du littoral des états du roi Juba.
«Des doutes sont permis à propos de l'édification de Sfax sur les ruines d'une cité romaine ou autre, car on ne retrouve aucun
vestige de cette agglomération d'autrefois.
Taphrura devait se trouver plus au nord-est, du côté du petit village indigène actuel de Sidi-Mançour. Quant à la Thebena, on ne peut rien écrire de certain sur son emplacement.
«Sfax n'est que la continuation d'une ville antique détruite par les Vandales. Sfax est très probablement d'origine sarràzine. Elle a été
tour à tour placée sous la domination des Arabes, puis des Siciliens. Reprise sur ces derniers par les Musulmans, elle fut conquise,
au XVIe siècle, par les Espagnols, auxquels on doit le mur d'enceinte flanqué de bastions qui l'entoure. Ce mur, d'enceinte n'était, avant l'occupation française, percé que de deux portes : Bab-Diwan, donnant sortie sur la mer,et Bab-Djebli, donnant, au nord, sortie sur la campagne.
Il y a quelque dix ans, les Ponts et Chaussées en ont ouvert une nouvelle, Bab-Djedid, à l'ouest de la ville, du côté de la mer,
près de la Kasbah, en face du marché couvert.
«A la chute de la domination espagnole,Sfax redevint une cité exclusivement arabe, et ses marins, les meilleurs des côtes tunisiennes, se livrèrent, sur des galères construites sur les chantiers sfaxiens, à la piraterie, allant jusque sur les côtes de la Provence s'emparer de gens qu'ils vendaient à l'encan à leur retour au port d'attache et de marchandises dont ils tiraient un gros bénéfice.
«La population sfaxienne resta entièrement musulmane depuis l'expulsion des Espagnols jusqu'au milieu du XVIIIe siècle, et Sfax avait une telle réputation d'inhospitalité que c'est avec crainte que quelques Israélites de Djerba,descendants des Juifs chassés de leur patrie après la prise de Jérusalem par Titus, en l'an 70 de notre ère, vinrent s'y installer et s'y livrer aucommerce.
Ils n'y formèrent pendant longtemps qu'une très petite colonie dans la cité, hostile à toute infiltration non musulmane.

«Le premier Européen qui, après l'anéantissement de la domination espagnole,soit venu, habiter Sfax, y débarqua vers 1830.
C’était un médecin sicilien dont la famille se multiplia rapidement et est devenue, dans le monde du commerce et de la banque, l'une des plus influentes et des plus puissantes de la région.
«Bientôt, à cet audacieux médecin—car il fallait, en vérité, de l'audace pour venir habiter, il y à 88 ans, ce pays fanatique et xénophobe—vinrent s'ajouter quelques Siciliens, de nombreux Maltais et quelques très rares Français.
 Nos compatriotes y étaient encore en si petit nombre, en 1881, lors de la prise de Sfax, que c'est à peine, en y comprenant les
employés des Postes et Télégraphes, si on aurait pu y trouver une vingtaine de Français presque tous originaires de la Corse.
«C'est à ces premiers Européens qu'est due la construction du quartier franc primitif,entouré, lui aussi, d'un mur d'enceinte démoli
après les événements de 1881 et dont il existe encore quelques mètres de longueur près du Cercle militaire.
Ce mur était percé de trois portes; l'une, faisant vis-à-vis à Bab-Diwan, à l'extrémité sud de la rue Centrale, aujourd'hui rue de la
République, permettait aux commerçants de se rendre à la marine, où, à cette époque, se tenaient les marchés d'alfa, d'huile, d'éponges, etc., etc.
Les deux autres portes donnaient accès sur la campagne et étaient placées à l'est et à l'ouest de la ville européenne, à l'extrémité
des rues Pasteur et Tissot. Le soir, de bonne heure, on fermait ces portes pour se mettre à l'abri des incursions des tribus pillardes de l'intérieur.
«Pendant les dix premières années qui suivirent l'occupation française, Sfax resta, à peu de chose près, ce qu'elle était en 1881.
«En 1888, on gagnait sur la mer les quelques milliers de mètres carrés qui formaient l’étroit terre-plein où se construisirent les premières maisons européennes édifiées à Sfax depuis l'occupation.
«Après 1890, Sfax commença à prendre l'essor qui ne s'est pas encore arrêté et n'atteindra son apogée que dans quelques
années, lorsque seront terminés les grands travaux en cours d'exécution et ceux qui sont prévus. A dater de 1890 ce lui à pas de géant que Sfax se développa, débordant, remplie du désir de vivre, de l'étroit quartier européen d’avant l’occupation,
centre pendant tant d’années des son activité commerciale avec l'Europe.»
Et  M. Jocelyn Bureau énumère tous les monuments construits depuis celle époque : hôtel des Postes, contrôle civil, hôtel des
Contributions diverses, écoles, théâtre, Municipalité, etc., etc.
«En 1897 eut lieu, continue-t-il,l'inauguration du port, dont les travaux avaient été commencés en 1895.
«Actuellement le chiffre de 1.000.000 de tonnes est dépassé en ce qui concerne le mouvement de notre port (importations et exportations).
«En 1897 également fut ouverte au commerce la ligne de Sfax à Gafsa et à Metlaoui, prolongée depuis la fin de 1907 jusqu'au Redeyef, ayant donc une longueur de près de 300 kilomètres.(V. Compagnie des Phosphates et du Chemin de fer de Gafsa.)
«Sfax est entourée d'une véritable ceinture de jardins, au nombre, affirme-t-on, de plus de 10.000, et de la magnifique et célèbre forêt d'oliviers.
«Sfax a un commerce remontant à une date très reculée, car les Sfaxiens sont, de tous les Tunisiens, à l'exception des Djerbiens, les
gens s'assimilant le plus rapidement aux nouvelles méthodes commerciales et à l'emploi des systèmes créés pour rendre plus faciles les échanges entre pays et le paiement des ventes et achats faits.
Bien longtemps, par exemple, avant l'occupation, des navires marseillais venaient mouiller sur notre rade et y chargeaient de l'huile, des éponges, des amendes et autres marchandises. Des navires anglais y mouillaient également, prenant plein
d'alfa à destination de Liverpool et autres ports de l'Angleterre. D'autres voiliers, italiens, grecs et ottomans, y chargeaient, à destination de l'Italie, des Echelles du Levant, de l'Egypte, de la Tripolitaine, de la Grèce, etc., des poulpes, de l'huile, du savon, de la laine, des dattes et y importaient des bois, des fers, des tissus de coton et autres produits exotiques.
«Le commerce sfaxien prend chaque jour davantage un développement réjouissant, et nos huiles, nos éponges et nos alfas sont
toujours très recherchés et demandés. «Mais ce sont principalement les phosphates de chaux de Gafsa qui ont été la cause du développement vraiment américain pris par notre ville depuis surtout dix ans.
«Les années de pluie donnent dans la région sfaxienne des récoltes très abondantes en blé et en orge.
«Sfax, depuis cette année, a été reliée au reste de la Régence par la voie ferrée inaugurée par M. le Président Fallières et qui passe,
venant de Sousse, devant le célèbre amphithéâtre d'El-Djem.
«Les touristes éprouvent une grande satisfaction de curiosité à visiter notre ville arabe, restée si couleur locale, si orientale, avec
ses rues étroites, ses souks, ses marchands arabes et israélites qui, assis, les jambes croisées, dans leurs petites boutiques, attendent avec tant de calme l'acheteur ayant besoin d'un burnous, d'une gandourah, d'une paire de chaussures faites en cuir jaune ou rouge et qui font le bonheur des amateurs de choses exotiques, désireux de s'en procurer pour les emporter avec eux comme souvenirs du pays visité »

 JOCELYN BUREAU.

Choses et gens de Tunisie -Dictionnaire ILLUSTRE DE LA TUNISIE de Paul Lambert (1912 )
Extrait de Gallica :
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5505300s

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